La 147 GTA d’occasion n’est pas une compacte sportive comme les autres. Sous son capot, Alfa Romeo avait installé un moteur devenu mythique : le V6 3.2 Busso, atmosphérique, sonore et aussi expressif qu’un ténor italien après trois expressos. Avec ses 250 ch envoyés aux roues avant, ses ailes gonflées et son tempérament bien trempé, elle reste l’une des sportives compactes les plus attachantes de sa génération.
Mais acheter une 147 GTA aujourd’hui ne se résume pas à écouter le V6 chanter sur une petite route. La plus belle mélodie mécanique du marché de l’occasion peut rapidement se transformer en opéra tragique si l’exemplaire choisi a été mal entretenu. Voici les points essentiels à vérifier avant de signer.
Une Alfa Romeo 147 pas comme les autres
Lancée au début des années 2000, la 147 GTA reprend la base de la compacte Alfa Romeo tout en lui offrant une mécanique nettement plus ambitieuse. Le moteur V6 3.2 litres développe 250 ch et environ 300 Nm de couple. Le tout est transmis aux roues avant par une boîte manuelle à six rapports, avec une boîte robotisée Selespeed proposée sur certains exemplaires.
Sur le papier, les performances restent sérieuses : le 0 à 100 km/h est réalisé en un peu plus de six secondes et la vitesse maximale dépasse les 240 km/h. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Ce qui marque vraiment, c’est la façon dont le moteur monte dans les tours, la réponse immédiate de l’accélérateur et cette sonorité métallique qui transforme chaque tunnel en salle de concert.
La 147 GTA n’est pourtant pas une voiture parfaitement équilibrée au sens moderne du terme. Son V6 est lourd et installé à l’avant. Le train avant peut donc se montrer chargé, particulièrement lors des entrées en virage appuyées. Elle demande davantage d’implication qu’une compacte sportive récente bardée d’électronique. Est-ce un défaut ? Pour certains, oui. Pour l’amateur de conduite, c’est aussi ce qui fait son caractère.
Le moteur Busso : le cœur à examiner en priorité
Le V6 Busso constitue la principale raison d’acheter une 147 GTA. C’est également l’élément qui peut faire grimper la facture si son entretien a été négligé. Un moteur solide et attachant, certes, mais pas immortel. Avant tout achat, exigez un historique détaillé avec factures, et pas simplement un carnet tamponné à la va-vite.
La distribution mérite une attention particulière. La courroie, les galets et la pompe à eau doivent avoir été remplacés selon les préconisations adaptées à l’année et à l’usage du véhicule. Sur une voiture qui roule peu, l’âge compte autant que le kilométrage. Une courroie ancienne peut lâcher sans prévenir, avec des conséquences mécaniques potentiellement très lourdes. Si le vendeur affirme que « cela a été fait il y a longtemps mais qu’il faut retrouver la facture », considérez que l’opération est à prévoir dans votre budget.
- Vérifiez la date et le kilométrage du dernier remplacement de distribution.
- Demandez si la pompe à eau et les galets ont été changés en même temps.
- Contrôlez l’absence de fuite d’huile ou de liquide de refroidissement.
- Observez les démarrages à froid : le moteur doit partir rapidement et tourner régulièrement.
- Écoutez les bruits inhabituels au ralenti comme en charge.
Un V6 sain démarre sans hésitation, prend ses tours avec régularité et ne fume pas anormalement. Une fumée bleue peut signaler une consommation d’huile. Une fumée blanche persistante une fois le moteur chaud doit également alerter. Quant à une température qui grimpe trop rapidement, elle peut révéler un problème de refroidissement, de thermostat, de ventilateur ou de circuit pressurisé.
Le système de refroidissement doit être surveillé avec sérieux. Sur une voiture de plus de quinze ans, les durites, le radiateur et les éléments périphériques peuvent avoir vieilli. Une 147 GTA utilisée en conduite sportive a besoin d’un refroidissement irréprochable. Un essai routier suffisamment long est indispensable : quelques minutes autour du pâté de maisons ne permettent pas de juger le comportement thermique.
Boîte manuelle ou Selespeed ?
La majorité des passionnés privilégie la boîte manuelle à six rapports. Elle s’accorde parfaitement avec le caractère du V6 et permet de mieux exploiter la mécanique sur route sinueuse. Les passages sont francs, à condition que l’embrayage et la commande aient été correctement entretenus.
Un embrayage usé peut patiner en accélération, surtout sur les rapports supérieurs. Une pédale très dure, un point de patinage haut ou des vibrations au démarrage doivent vous inciter à négocier le prix… ou à passer votre chemin. Le volant moteur et les éléments associés peuvent rapidement alourdir la facture.
La boîte Selespeed demande davantage de prudence. Il ne s’agit pas d’une boîte automatique classique, mais d’une boîte manuelle robotisée pilotée par un système hydraulique et électronique. Les changements de rapports doivent être cohérents, sans à-coups excessifs ni temps de réaction inquiétant. Une alerte au tableau de bord, un passage de rapport refusé ou une pompe hydraulique qui fonctionne de manière anormalement fréquente sont de mauvais signaux.
La Selespeed peut fonctionner correctement lorsqu’elle est suivie par un spécialiste connaissant le système. Mais elle tolère mal l’improvisation et les révisions repoussées. Pour un achat plaisir avec un budget d’entretien mesuré, la boîte manuelle reste généralement le choix le plus simple.
Le train avant, les silentblocs et la tenue de route
La 147 GTA est puissante, mais elle reste une traction. Avec 250 ch sur les roues avant, le train avant est fortement sollicité. Le fameux couple steer, ces réactions dans le volant lors des fortes accélérations, peut se manifester si les pneus, les silentblocs ou la géométrie sont en mauvais état.
Lors de l’essai, soyez attentif aux claquements sur les routes dégradées. Ils peuvent provenir des biellettes, des triangles, des silentblocs ou des amortisseurs. Un volant qui tire d’un côté, une usure irrégulière des pneus ou une voiture qui semble flotter dans les grandes courbes méritent une inspection approfondie.
Les suspensions d’origine peuvent être fatiguées après plusieurs années. Certains propriétaires montent des combinés filetés ou des ressorts plus fermes. Cela n’est pas nécessairement un problème, à condition que le montage soit de qualité et que la géométrie ait été correctement réglée. Une GTA transformée en planche de bois avec des pneus bas de gamme n’est pas forcément une bonne affaire, même si elle arbore fièrement quatre amortisseurs neufs.
- Inspectez les triangles et les silentblocs du train avant.
- Vérifiez l’état des amortisseurs et l’absence de fuite.
- Contrôlez la géométrie et l’usure des quatre pneus.
- Examinez les jantes : les chocs contre les trottoirs sont fréquents.
- Testez le freinage en ligne droite, sans vibration dans le volant.
Les freins doivent être à la hauteur des performances. Disques fortement creusés, vibrations au freinage ou pédale spongieuse sont à prendre au sérieux. Une auto de ce type mérite des composants de qualité, pas seulement les plaquettes les moins chères trouvées sur internet entre deux accessoires de barbecue.
Carrosserie, corrosion et éléments spécifiques
La 147 GTA se reconnaît à ses boucliers spécifiques, ses extensions d’ailes, ses bas de caisse et ses jantes dédiées. Ces pièces ne sont pas toujours simples à trouver et peuvent coûter cher à remplacer. Inspectez donc attentivement les pare-chocs, les grilles, les passages de roue et les éléments de carrosserie.
La corrosion n’est pas systématique, mais elle doit être recherchée sous la voiture, autour des bas de caisse, des ailes, du hayon et des points de levage. Une auto ayant connu plusieurs hivers salés ou un stockage extérieur peut cacher des surprises. Regardez également sous les tapis et dans le coffre afin de détecter d’éventuelles infiltrations d’eau.
Les différences de teinte entre les panneaux peuvent révéler une réparation ancienne. Ce n’est pas forcément rédhibitoire : une voiture de plus de vingt ans peut avoir connu quelques contacts urbains. En revanche, une réparation mal faite, une structure déformée ou des soudures suspectes doivent vous faire renoncer.
À l’intérieur, vérifiez l’état des sièges, du ciel de toit, des commandes de climatisation et des lève-vitres. Les plastiques Alfa de cette époque peuvent vieillir de manière inégale. Les voyants allumés au tableau de bord, notamment ceux liés à l’airbag ou à l’ABS, ne doivent pas être considérés comme de simples décorations lumineuses.
Les équipements électroniques à tester
Une 147 GTA n’est pas une voiture moderne, mais elle embarque déjà suffisamment d’électronique pour générer quelques recherches de panne. Testez tout : climatisation, ventilation, autoradio, commandes au volant, verrouillage centralisé, éclairage, essuie-glaces, rétroviseurs électriques et ordinateur de bord.
Le témoin moteur doit s’éteindre après le démarrage. Une lecture des codes défaut avec un outil de diagnostic peut être utile, surtout si le vendeur accepte une inspection dans un garage spécialisé. Un professionnel pourra aussi contrôler les paramètres moteur et repérer des défauts intermittents invisibles lors d’un simple essai.
Ne négligez pas la batterie et l’alternateur. Une tension instable peut provoquer une série de défauts électroniques qui donnent l’impression que toute la voiture a décidé de prendre sa retraite le même jour. Sur une auto ancienne, une bonne alimentation électrique est souvent la première ligne de défense.
Le dossier d’entretien vaut parfois plus que le kilométrage
Une 147 GTA affichant 120 000 kilomètres avec un historique complet peut être un achat plus rassurant qu’un exemplaire de 80 000 kilomètres sans justificatifs. Le kilométrage ne doit pas devenir une obsession. Ce qui compte, c’est la régularité des vidanges, le remplacement des fluides, l’entretien de la distribution et le suivi des trains roulants.
Demandez les anciennes factures, les contrôles techniques et, si possible, l’identité des garages intervenus sur la voiture. Un propriétaire passionné sera généralement capable d’expliquer les travaux réalisés, les pièces montées et les défauts connus. Un vendeur qui répond à toutes les questions par « elle marche très bien, monsieur » mérite une seconde inspection, voire une sortie discrète vers l’annonce suivante.
Le contrôle technique ne remplace pas un examen mécanique. Faites inspecter la voiture sur un pont par un professionnel habitué aux Alfa Romeo. Cette dépense est modeste face au coût d’une distribution, d’un embrayage ou d’une remise en état complète du train avant.
Quel budget prévoir après l’achat ?
Le prix d’achat n’est que la première ligne du budget. Il faut conserver une réserve pour la remise à niveau initiale : vidange moteur, filtres, bougies, fluides, pneus, freinage et distribution si son historique n’est pas parfaitement clair. Même un exemplaire propre peut réclamer plusieurs milliers d’euros pour repartir sur une base saine.
La consommation n’est pas celle d’une citadine hybride. Selon le parcours et le rythme, il faut plutôt envisager une consommation à deux chiffres. En conduite urbaine ou dynamique, le V6 ne fait pas semblant. L’assurance, les pneumatiques et les pièces spécifiques doivent également être intégrés au calcul.
Il faut aussi tenir compte des restrictions de circulation. La 147 GTA est une essence ancienne, généralement classée Crit’Air 3 selon sa norme d’homologation. Les règles des zones à faibles émissions évoluent régulièrement et peuvent limiter son usage dans certaines agglomérations. Avant l’achat, vérifiez sa vignette officielle et les réglementations locales.
L’essai routier qui permet de faire la différence
Un bon essai doit commencer moteur froid. Observez le démarrage, le ralenti et les premiers mètres. Puis augmentez progressivement le rythme, sans brutaliser la mécanique tant qu’elle n’est pas à température. Écoutez le moteur, testez chaque rapport, freinez fort dans un endroit sécurisé et vérifiez le comportement de la voiture en ligne droite.
Une 147 GTA saine doit donner envie de poursuivre la route, pas de chercher immédiatement un dépanneur. Le moteur doit être vif, la direction précise et le freinage stable. Quelques bruits liés à l’âge peuvent exister, mais ils doivent rester identifiés et cohérents. Un grondement sourd, une vibration importante ou un voyant qui s’allume après quelques kilomètres ne sont pas des détails de caractère.
Enfin, méfiez-vous des exemplaires trop modifiés. Une ligne d’échappement bien choisie, un différentiel autobloquant de qualité ou une suspension correctement réglée peuvent améliorer l’auto. À l’inverse, une préparation confuse, des pièces sans facture et un entretien sacrifié au profit de la puissance transforment la GTA en ticket de loterie.
Faut-il acheter une 147 GTA aujourd’hui ?
Oui, si vous recherchez une compacte sportive de caractère et si vous acceptez son âge, sa consommation et son coût d’entretien. La 147 GTA offre une expérience devenue rare : un moteur noble, une personnalité visuelle forte et une conduite encore suffisamment analogique pour rappeler que l’automobile peut être une affaire de sensations.
Mais il faut acheter l’exemplaire, pas seulement le modèle. Une GTA suivie, complète et mécaniquement saine mérite d’être conservée. Une voiture bon marché dont la distribution est inconnue, les trains roulants fatigués et l’électronique capricieuse peut engloutir rapidement l’économie réalisée à l’achat.
Avec un historique limpide, une inspection sérieuse et une réserve financière raisonnable, la 147 GTA reste une formidable machine à sourire. Et lorsque le V6 Busso résonne entre deux virages, on comprend pourquoi certaines Alfa Romeo ne vieillissent pas vraiment : elles prennent simplement le statut de classiques modernes.
