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Calculer temps de charge batterie : méthode simple et outils pratiques pour estimer ses recharges au quotidien

Calculer temps de charge batterie : méthode simple et outils pratiques pour estimer ses recharges au quotidien

Pourquoi le temps de charge vous obsède (et pourquoi c’est normal)

Si vous envisagez de passer à l’électrique – ou si vous y êtes déjà – la question arrive toujours au même moment : « OK, mais ça met combien de temps à charger, VRAIMENT ? ». Pas la fiche constructeur optimiste, mais le temps dans la vraie vie, un mardi soir, quand il pleut, que la borne du supermarché est occupée et que vous avez 12 % de batterie.

La bonne nouvelle : on peut estimer assez précisément le temps de charge avec quelques notions simples et quelques outils bien choisis. Pas besoin d’être ingénieur chez Tesla, juste de comprendre 3 choses :

  • la capacité de votre batterie,
  • la puissance de la borne,
  • et la manière dont la puissance varie pendant la charge.
  • On va décortiquer tout ça, avec une méthode simple, des exemples concrets et quelques astuces pour ne plus jamais stresser devant une prise domestique.

    Les bases : kWh, kW, %… on remet de l’ordre

    Avant de sortir la calculette, deux rappels rapides, histoire de parler la même langue.

    Capacité de batterie (en kWh) : c’est l’« énergie » stockable. Par exemple, 50 kWh, 77 kWh, 100 kWh… C’est un peu l’équivalent du volume du réservoir sur une voiture thermique.

    Puissance de charge (en kW) : c’est le « débit » de recharge. 3,7 kW, 7,4 kW, 11 kW, 50 kW, 120 kW, 250 kW… Plus c’est élevé, plus ça charge vite. C’est le débit de la pompe à essence, version électrique.

    Pourcentage de batterie (%) : 0 % à 100 %, mais…

  • 0 % = pas vraiment 0, il reste une petite marge de sécurité,
  • 100 % = la voiture ralentit énormément la charge avant d’y arriver, pour protéger la batterie.
  • Donc, non, on ne charge presque jamais de 0 à 100 % en pratique. La plupart du temps, on navigue plutôt entre 10 % et 80 %.

    La formule simple pour estimer un temps de charge

    On commence par la version « simplifiée » – celle qui marche très bien pour se faire une idée rapide, surtout pour la charge à domicile ou au travail.

    Formule de base :

    Temps de charge (en heures) = Énergie à recharger (kWh) ÷ Puissance effective de charge (kW)

    Reste à déterminer deux choses :

  • combien de kWh il manque dans la batterie,
  • et quelle est la puissance réelle à laquelle vous allez charger.
  • Étape 1 : calculer combien d’énergie il manque

    Prenons un exemple concret. Vous avez une voiture avec une batterie de 60 kWh.

    Vous arrivez chez vous avec 20 % de batterie, et vous visez 80 % pour le lendemain.

    Différence de pourcentage : 80 % – 20 % = 60 % à recharger.

    Énergie à recharger = Capacité batterie × (différence de % / 100)

    Donc :

    Énergie à recharger = 60 kWh × 0,60 = 36 kWh

    Vous devez donc remettre environ 36 kWh dans la batterie pour passer de 20 % à 80 %.

    Étape 2 : connaître la puissance de charge… vraiment

    Deuxième paramètre : la puissance de charge. Et là, il y a souvent des malentendus.

    Sur la prise ou la borne, vous allez lire un chiffre : 3,7 kW, 7,4 kW, 11 kW, 22 kW, 50 kW, 150 kW…

    Mais la puissance réellement utilisée dépend :

  • de la borne,
  • du chargeur embarqué de la voiture (en AC),
  • et des limites de la batterie (surtout en DC rapide).
  • Typiquement :

  • Prise domestique (France) : environ 2,0 à 2,3 kW sur une prise 10/16 A,
  • Wallbox monophasée : 3,7 kW ou 7,4 kW,
  • Wallbox triphasée : 11 kW ou 22 kW (toutes les voitures n’acceptent pas 22 kW),
  • Borne rapide DC : 50 kW, 100 kW, 150 kW, 250 kW, etc., selon la voiture et la borne.
  • Assembler le tout : exemple réel de calcul

    Reprenons notre batterie de 60 kWh, passage de 20 à 80 %, soit 36 kWh à remettre.

    1) Sur prise domestique (2,3 kW)

    Temps de charge = 36 kWh ÷ 2,3 kW ≈ 15,6 heures.

    Dit comme ça, ça paraît énorme. Mais en réalité :

  • vous branchez le soir,
  • vous repartez le matin,
  • et vous n’avez pas forcément besoin de remonter de 20 à 80 % chaque nuit.
  • 2) Sur wallbox 7,4 kW

    Temps de charge = 36 kWh ÷ 7,4 kW ≈ 4,9 heures.

    On est déjà dans quelque chose de confortable : vous rentrez à 19 h, à minuit c’est plié.

    3) Sur borne rapide 100 kW (en théorie)

    Temps de charge = 36 kWh ÷ 100 kW = 0,36 h ≈ 22 minutes.

    Mais là, il faut commencer à tenir compte de la réalité : la puissance n’est pas constante pendant toute la charge.

    La courbe de charge : pourquoi la puissance chute avant 80–90 %

    Sur les charges rapides DC (et parfois en AC), la voiture ne charge pas à pleine puissance tout le temps. Elle suit une « courbe de charge » :

  • Puissance élevée entre environ 10 et 40–50 %,
  • Puissance qui commence à baisser ensuite,
  • Chute plus nette vers 70–80 %,
  • Et fin de charge très lente au-delà de 90 %.
  • C’est comme remplir une bouteille d’eau : au début vous ouvrez le robinet à fond, puis vous ralentissez quand ça approche du bord pour éviter d’en mettre partout. La batterie, c’est pareil, sauf que le « partout » coûte cher en durée de vie.

    Conséquence : sur borne rapide, on raisonne plutôt en temps pour aller de 10 à 60–80 %, pas jusqu’à 100 %.

    Exemple de charge rapide, version réaliste

    Imaginons une voiture donnée pour 100 kW de puissance maximale de charge DC, batterie 60 kWh.

  • 0 à 10 % : souvent pas à pleine vitesse, la voiture « se réveille » et prépare la batterie,
  • 10 à 50 % : on s’approche de la puissance max (80–100 kW),
  • 50 à 80 % : la puissance diminue progressivement (80, 60, puis 40 kW),
  • 80 à 100 % : ça peut descendre à 20 kW, 10 kW, voire moins.
  • Dans la vraie vie, vous allez souvent voir :

  • 10 à 60 % : 20–25 minutes,
  • 10 à 80 % : 30–40 minutes,
  • Et le fameux 80 à 100 % qui peut prendre presque autant de temps que 20 à 60 %.
  • C’est pour ça que sur long trajet, les conducteurs habitués ne visent presque jamais 100 %, mais enchaînent plutôt les segments 10–70 % ou 15–80 %.

    Comment estimer rapidement son temps de charge au quotidien

    On peut garder une méthode très simple pour la vie de tous les jours, sans se perdre dans les détails.

    1) Connaitre sa « vitesse de charge » en km/h

    Une astuce consiste à convertir la puissance de charge en kilomètres récupérés par heure.

    Formule : km/h de charge ≈ (Puissance de charge en kW ÷ Consommation en kWh/100 km) × 100

    Exemple : vous consommez 17 kWh/100 km en moyenne.

  • Prise 2,3 kW → (2,3 ÷ 17) × 100 ≈ 13,5 km/h,
  • Wallbox 7,4 kW → (7,4 ÷ 17) × 100 ≈ 43,5 km/h,
  • Borne 11 kW → (11 ÷ 17) × 100 ≈ 64,7 km/h.
  • Vous savez alors qu’en branchant 10 h sur la wallbox 7,4 kW, vous récupérez environ 430 km théoriques.

    2) Utiliser la règle « 10 % de batterie »

    Autre repère simple, pour ne pas sortir l’excel pendant un repas de famille :

  • Sur une voiture de 60 kWh, 10 % = 6 kWh,
  • Avec une wallbox 7,4 kW, 6 kWh ÷ 7,4 kW ≈ 0,8 h ≈ 50 minutes.
  • Donc : 10 % ≈ 1 heure sur une 7,4 kW (ordre de grandeur). Vous voulez remonter de 30 à 70 % ? 40 % à reprendre → environ 4 heures.

    Les principaux types de recharge et leur impact sur le temps

    Petit tour d’horizon des sources de charge, avec ce que ça donne en pratique pour une batterie moyenne (50–60 kWh).

    Prise domestique (2,0–2,3 kW)

  • Usage : dépannage, petites recharges nocturnes, résidence secondaire, location saisonnière…
  • Gamme : +10 à 15 km/h de recharge.
  • De 20 à 80 % sur 60 kWh : 14–16 heures.
  • Ça a l’air long, mais pour beaucoup d’usages urbains/périurbains, brancher chaque soir suffit largement.

    Wallbox 3,7–7,4 kW (monophasé)

  • Usage : maison individuelle, pavillon, garage privé.
  • Gamme : +25 à 45 km/h environ.
  • De 20 à 80 % sur 60 kWh : 5 à 9 heures selon puissance.
  • C’est la solution « à l’aise » pour qui roule beaucoup mais dort chez lui.

    Wallbox 11 kW (triphasé)

  • Usage : maisons avec triphasé, entreprises, parkings équipés.
  • Gamme : +60–70 km/h.
  • De 20 à 80 % sur 60 kWh : environ 3,5 heures.
  • Idéal pour les pros, les flottes, ou les gros rouleurs avec installation adaptée.

    Borne publique AC 11–22 kW

  • Usage : parkings de centres-villes, supermarchés, parkings publics.
  • Temps typique : 2 à 5 h pour remettre une bonne autonomie.
  • À noter : si votre voiture n’accepte que 7,4 ou 11 kW en AC, une borne 22 kW ne vous chargera pas plus vite.

    Borne DC 50 kW

  • Usage : nationales, petites aires, villes moyennes.
  • Temps typique : 30–45 minutes pour passer de 10 à 70–80 % sur 50–60 kWh.
  • Borne DC 100–150 kW (et plus)

  • Usage : autoroutes, grands axes, corridors de recharge rapide.
  • Temps typique : 20–30 minutes pour 10 à 70–80 %, si la voiture accepte ces puissances.
  • Au-delà de 150–200 kW, l’intérêt dépend fortement de la capacité de votre batterie et des limites de charge de votre modèle.

    Les outils pratiques pour estimer ses temps de charge

    Bonne nouvelle : vous n’êtes pas obligé de faire les calculs à chaque trajet. Plusieurs outils vous mâchent le travail.

    1) Les applications de planification de trajet

    Des applis comme :

  • A Better Route Planner (ABRP),
  • Chargemap,
  • MyEVTrip,
  • Ou les systèmes intégrés de certaines voitures (Tesla, Hyundai/Kia, Mercedes…)
  • permettent de :

  • renseigner votre modèle exact,
  • simuler la consommation selon la météo, la vitesse, le relief,
  • voir à quel % vous arriverez à chaque borne,
  • et estimer le temps de charge nécessaire pour repartir.
  • Ce ne sont pas des oracles, mais sur un long trajet, ça change la vie.

    2) Les apps de réseaux de recharge

    Ionity, Fastned, TotalEnergies, Allego, Electra, etc. indiquent souvent :

  • la puissance max de la station,
  • la disponibilité en temps réel,
  • parfois des temps moyens observés.
  • Couplé aux caractéristiques de votre modèle (puissance de charge max, capacité batterie), vous pouvez déduire un ordre de grandeur de temps d’arrêt.

    3) Le tableau de bord de la voiture

    Beaucoup de véhicules affichent :

  • la puissance de charge en temps réel (kW),
  • un temps restant jusqu’à un certain seuil (80 % ou 100 %),
  • ou au moins une heure approximative de fin de charge.
  • Astuce : notez pendant quelques semaines vos temps de charge typiques pour différents scénarios (domicile, borne AC, borne DC). Vous aurez ainsi vos propres repères, adaptés à votre usage réel.

    Facteurs qui rallongent (ou raccourcissent) le temps de charge

    Au-delà des formules et des étiquettes sur les bornes, plusieurs paramètres peuvent faire varier le temps de charge.

    1) Température de la batterie

  • Par temps froid, la puissance de charge peut être limitée, surtout au début.
  • Les voitures avec préconditionnement de batterie (Tesla, Hyundai Ioniq 5, Kia EV6, certains BMW, etc.) peuvent chauffer la batterie avant d’arriver à la borne rapide, ce qui réduit le temps de charge.
  • En hiver, ne soyez pas surpris si votre « plein » de kWh prend 5 à 10 minutes de plus sur borne rapide.

    2) État de charge au départ

    Arriver à 5 % ou à 35 % à la borne ne donnera pas les mêmes durées.

  • Plus vous êtes bas en %, plus vous aurez une phase à forte puissance.
  • Mais ne jouez pas à la loterie non plus : arriver à 1 % à une borne isolée, ce n’est pas de « l’optimisation », c’est du stress gratuit.
  • 3) Qualité de la borne et partage de puissance

    Certaines stations DC partagent la puissance entre deux places sur une même armoire :

  • Si vous êtes seul : vous avez la puissance max (ou presque),
  • Si deux véhicules chargent en même temps : la puissance peut être divisée.
  • Résultat : votre temps de charge peut doubler sans que votre voiture y soit pour quelque chose.

    4) Limites du chargeur embarqué en AC

    En courant alternatif (AC), ce n’est pas la borne qui dicte tout, mais le chargeur intégré à la voiture.

  • Si votre voiture a un chargeur AC 7,4 kW, une borne 22 kW ne vous apportera pas plus de 7,4 kW.
  • Un modèle avec chargeur 11 kW exploitera mieux les bornes publiques AC.
  • Quelques scénarios du quotidien, chiffres à l’appui

    Pour illustrer tout ça, voici quelques cas d’usage typiques.

    Scénario 1 : usage urbain/périurbain, 40 km par jour

  • Voiture : 50 kWh, consommation 16 kWh/100 km.
  • Trajet quotidien : 40 km → 6,4 kWh consommés.
  • Recharge sur prise domestique 2,3 kW.
  • Temps de charge nécessaire :

    6,4 kWh ÷ 2,3 kW ≈ 2,8 heures par jour.

    Vous branchez de 20 h à 23 h, et votre autonomie se stabilise sans jamais vider la batterie. Pas besoin forcément de wallbox.

    Scénario 2 : gros rouleur domicile-travail, 120 km par jour

  • Voiture : 60 kWh, 17 kWh/100 km.
  • Trajet quotidien : 120 km → ~20,4 kWh consommés.
  • Wallbox 7,4 kW à domicile.
  • Temps de charge :

    20,4 kWh ÷ 7,4 kW ≈ 2,8 heures.

    Vous chargez de 22 h à 1 h du matin, largement compatible avec les heures creuses et le sommeil.

    Scénario 3 : départ en vacances, 600 km d’autoroute

  • Voiture : 77 kWh, consommation 20 kWh/100 km sur autoroute.
  • Autonomie utile sur autoroute : ~350 km entre 10 et 80 %.
  • Plan type :

  • Départ à 100 %,
  • Premier arrêt après ~250–300 km : descente à ~20–25 %,
  • Charge de ~20 à 70 % : ~25–30 minutes sur borne 150 kW,
  • Deuxième arrêt similaire plus loin, si besoin.
  • Temps de charge total : 40–60 minutes sur 600 km, mais réparti en 2–3 pauses utiles (pause café, repas, etc.).

    Comment se bâtir ses propres repères sans se perdre dans les chiffres

    Au bout de quelques semaines/mois avec une voiture électrique, vous n’aurez plus besoin de calculer. Vous saurez instinctivement que :

  • « Une nuit sur ma prise = X % de batterie »,
  • « 30 minutes sur telle borne = environ Y km récupérés »,
  • « Tel trajet = un arrêt de tant de minutes à tel endroit ».
  • Pour en arriver là rapidement, vous pouvez :

  • Noter pendant un mois quelques chiffres-clés (départ %, arrivée %, temps de charge, km parcourus),
  • Tester au moins une fois chaque type de charge auquel vous aurez régulièrement accès (domicile, travail, borne AC près du supermarché, borne DC d’autoroute),
  • Vous fixer quelques seuils perso : ne pas descendre sous 10–15 % en temps normal, viser 70–80 % max sur grands trajets pour optimiser le temps.
  • Avec ces repères et les quelques formules vues plus haut, le temps de charge devient moins un stress qu’un paramètre comme un autre, un peu comme l’autonomie de votre smartphone : on planifie vaguement, on branche quand c’est pratique, et on arrête de regarder la jauge toutes les 5 minutes.