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1970 Aston Martin DBS : histoire, caractéristiques et valeur actuelle de cette voiture de collection

1970 Aston Martin DBS : histoire, caractéristiques et valeur actuelle de cette voiture de collection

En 1970, l’Aston Martin DBS ressemble à une sportive qui aurait troqué le smoking trois-pièces contre une veste en cuir. Longue, basse, élégante et suffisamment intimidante pour remplir un rétroviseur, elle représente une période charnière pour la marque britannique. La DBS doit remplacer la DB6, mais elle inaugure surtout une nouvelle génération de modèles Aston Martin, plus modernes, plus puissants et plus ambitieux.

À l’époque, elle joue dans la cour des Ferrari 365 GT, Maserati Indy et autres grandes GT européennes. Aujourd’hui, elle attire les collectionneurs pour son style signé William Towns, sa mécanique noble et son histoire mouvementée. Mais que vaut réellement une Aston Martin DBS de 1970 ? Quelles sont ses caractéristiques et les points à surveiller avant de transformer son garage en annexe de Newport Pagnell ?

Une Aston Martin pensée pour tourner la page

Présentée en 1967, l’Aston Martin DBS succède progressivement à la DB6. Elle abandonne les rondeurs très classiques de cette dernière pour une silhouette plus anguleuse, plus large et résolument moderne. À la fin des années 1960, le design automobile change de visage : les lignes deviennent tendues, les surfaces plus nettes et l’aérodynamique commence à prendre une place grandissante.

Le dessin de la DBS est confié à William Towns. Le designer britannique lui donne une allure immédiatement reconnaissable : une calandre basse, quatre projecteurs, un long capot et une poupe courte. La voiture paraît plus imposante que la DB6, tout en conservant les proportions typiques d’une grande Aston Martin.

La DBS reste une 2+2. Les places arrière sont donc davantage adaptées à des enfants, à des sacs de voyage ou à un chien particulièrement optimiste qu’à deux adultes amateurs de longs trajets. Mais c’est aussi ce qui fait son charme : elle combine l’élégance d’un coupé de grand tourisme avec les performances d’une vraie voiture de sport.

Sa carrosserie repose sur une structure traditionnelle Aston Martin, avec une ossature métallique habillée de panneaux en aluminium. Cette construction contribue à son caractère artisanal, mais elle impose aussi une vigilance particulière face à la corrosion. Une DBS mal stockée peut cacher beaucoup plus de rouille sous ses beaux chromes qu’un vieux portail de jardin anglais.

1970 : deux mécaniques, deux personnalités

L’année 1970 est particulièrement intéressante pour la DBS, car elle marque la coexistence de deux versions principales : la DBS équipée du six-cylindres en ligne et la DBS V8. Elles partagent la même silhouette générale, mais leur tempérament diffère nettement.

La DBS classique utilise le célèbre six-cylindres en ligne de 4,0 litres, dérivé de la mécanique déjà employée sur la DB6. Alimenté par trois carburateurs SU, il développe environ 280 chevaux selon les configurations et les normes de mesure utilisées à l’époque. Le couple généreux permet une conduite souple, tandis que la sonorité métallique du moteur rappelle qu’il ne s’agit pas d’une simple voiture de promenade.

La boîte manuelle à cinq rapports ZF figure parmi les équipements les plus recherchés. Elle apporte une précision et une souplesse supérieures à certaines transmissions plus anciennes. Une boîte automatique Borg-Warner était également disponible pour les conducteurs privilégiant le confort. Dans une grande GT destinée aux trajets rapides, ce choix pouvait se défendre. Pour les collectionneurs, la boîte manuelle reste généralement la configuration la plus désirable.

La DBS V8, lancée en 1969, reçoit pour sa part un V8 de 5,3 litres conçu par Tadek Marek. Ce moteur tout en alliage développe environ 320 chevaux et propulse la grande Aston à près de 160 mph, soit environ 257 km/h. Les chiffres restent impressionnants, même selon les standards actuels.

Les premières DBS V8 se distinguent par leur alimentation à quatre carburateurs Weber. Le système offre une réponse franche et une sonorité spectaculaire, mais il demande un réglage soigné. Une V8 mal synchronisée peut consommer comme une petite flotte de véhicules utilitaires et fonctionner avec la régularité d’un vieux groupe électrogène.

La DBS V8 reçoit aussi des évolutions techniques spécifiques : voies élargies, jantes adaptées, suspension revue et freins plus performants. Visuellement, les différences restent relativement discrètes. Les passages de roues plus généreux et certains détails de carrosserie trahissent toutefois la présence du V8 pour l’œil averti.

Fiche technique de l’Aston Martin DBS de 1970

Les chiffres peuvent varier selon la version, le marché et les méthodes de mesure. Voici les principales caractéristiques à retenir :

  • Carrosserie : coupé 2+2 à deux portes.
  • Designer : William Towns.
  • Moteur DBS : six-cylindres en ligne de 3 995 cm³.
  • Puissance DBS : environ 280 ch.
  • Moteur DBS V8 : V8 de 5 340 cm³.
  • Puissance DBS V8 : environ 320 ch.
  • Transmission : propulsion.
  • Boîtes de vitesses : manuelle à cinq rapports ou automatique selon les exemplaires.
  • Vitesse maximale : environ 225 km/h pour la six-cylindres et jusqu’à environ 257 km/h pour la V8.
  • Accélération : autour de 7 secondes de 0 à 100 km/h pour la V8, selon les conditions.
  • Places : quatre, avec une habitabilité arrière limitée.

Il faut replacer ces données dans leur contexte. En 1970, dépasser les 250 km/h dans une GT de plus de 1,6 tonne relève déjà de la performance de haut niveau. La DBS V8 n’est pas une ballerine de circuit : elle préfère les grandes courbes, les longues nationales et les autoroutes dégagées aux enchaînements de virages serrés.

Une voiture passée par la télévision avant de devenir une icône

La DBS est devenue célèbre auprès du grand public grâce à la série télévisée Amicalement vôtre, diffusée au début des années 1970. Roger Moore y conduit une DBS gris métallisé dans le rôle de Lord Brett Sinclair, tandis que Tony Curtis incarne l’Américain Danny Wilde au volant d’une Ferrari Dino 246 GT.

Le duel automobile entre les deux héros a largement contribué à la popularité de l’Aston Martin. La DBS y apparaît comme une voiture de gentleman : élégante, rapide et légèrement distante, mais toujours prête à quitter un palace londonien pour une poursuite sur une route sinueuse.

La série a aussi participé à installer une image particulière autour de la DBS. Elle n’est pas seulement une voiture de collection britannique ; elle est devenue un symbole de style, au même titre que les costumes impeccables et les dialogues pleins d’ironie de la série. Pour certains acheteurs, cette dimension culturelle compte presque autant que la fiche technique.

Sur la route : une GT plus qu’une sportive pure

Au volant, la DBS surprend par son équilibre entre confort et caractère. Le six-cylindres offre une puissance progressive et une belle souplesse. La voiture se conduit avec davantage de finesse qu’une sportive moderne : il faut anticiper, accompagner les mouvements de caisse et éviter de brusquer une mécanique qui a déjà dépassé le demi-siècle.

La direction et les suspensions reflètent les standards de l’époque. Le comportement peut sembler moins précis qu’une voiture actuelle, mais cette relative lenteur fait partie de l’expérience. Une DBS se déguste. Elle ne se pilote pas comme une compacte sportive à moteur turbo. C’est une voiture qui invite à regarder loin devant, à écouter le moteur et à savourer chaque changement de rapport.

La V8 transforme cependant le caractère de l’auto. Le couple disponible est nettement plus important et les accélérations deviennent franchement sérieuses. Avec elle, les dépassements demandent moins de préparation et les longues montées ne provoquent aucune inquiétude. En échange, l’entretien, la consommation et le coût des pièces montent d’un cran.

Le freinage est un point à ne pas négliger sur une voiture ancienne aussi performante. Un exemplaire restauré avec des composants modernes ou correctement remis à niveau peut être très rassurant. Une voiture conservée dans son état d’origine, avec un circuit fatigué, mérite en revanche une approche plus prudente. Les performances d’une DBS ne doivent jamais être dissociées de l’état réel de ses freins, de ses pneus et de ses trains roulants.

Les points à contrôler avant l’achat

Acheter une DBS de 1970 ne se résume pas à vérifier la couleur de la sellerie et le brillant des boiseries. La priorité doit aller à la structure, à la mécanique et à l’historique.

  • La corrosion : inspecter les bas de caisse, les planchers, les passages de roues, les supports de suspension et les zones autour des vitrages.
  • Le châssis : une réparation ancienne ou une structure déformée peut transformer la restauration en chantier interminable.
  • Le moteur : contrôler les pressions d’huile, les fuites, la température de fonctionnement et les démarrages à froid.
  • Les carburateurs : sur le six-cylindres comme sur la V8, un mauvais réglage entraîne des ratés, une consommation excessive et une conduite désagréable.
  • La boîte ZF : vérifier la sélection des rapports, les bruits mécaniques et l’absence de craquements.
  • Les freins et les suspensions : leur réfection peut représenter une facture importante.
  • L’électricité : les accessoires, les instruments et les faisceaux méritent un examen approfondi.
  • L’authenticité : numéro de châssis, moteur, boîte, teinte et équipements doivent être comparés aux documents disponibles.
  • L’historique : factures, photos de restauration et rapports d’expertise peuvent faire toute la différence.

Une inspection par un spécialiste Aston Martin est vivement recommandée. Une DBS bon marché peut sembler tentante, mais une restauration complète dépasse rapidement plusieurs dizaines de milliers d’euros. Dans ce segment, le meilleur achat n’est pas forcément la voiture la moins chère : c’est souvent l’exemplaire le mieux documenté et le plus sain.

Quelle valeur pour une DBS de 1970 aujourd’hui ?

La valeur dépend fortement de la version. Une DBS six-cylindres en état correct, roulante et présentable, se situe généralement autour de 50 000 à 90 000 euros sur le marché européen. Un exemplaire très bien restauré, avec une configuration recherchée et un dossier complet, peut dépasser les 100 000 euros, voire atteindre 130 000 à 150 000 euros dans certaines ventes spécialisées.

La DBS V8 bénéficie d’une cote supérieure. Les voitures à remettre en état peuvent déjà se négocier à des niveaux élevés, tandis qu’un bel exemplaire restauré se situe fréquemment entre 100 000 et 180 000 euros. Les voitures exceptionnelles, dotées d’une provenance remarquable ou d’une restauration de grande qualité, peuvent aller au-delà.

Ces estimations restent indicatives. Le marché des voitures de collection ne fonctionne pas comme celui des véhicules neufs. L’état, l’authenticité, la qualité de la restauration et l’historique influencent davantage le prix que l’année seule. Une DBS ayant conservé son moteur d’origine et ses caractéristiques d’époque peut être plus recherchée qu’une voiture entièrement modifiée, même si cette dernière paraît plus propre.

La provenance joue également un rôle. Une voiture vendue avec ses carnets, ses factures et une documentation cohérente rassure les acheteurs. À l’inverse, une belle DBS sans historique peut réserver des surprises coûteuses. Et dans le monde Aston Martin, une surprise coûte rarement le prix d’un simple plein d’essence.

Une collection plus passionnelle que rationnelle

La DBS n’est pas forcément le choix le plus simple pour débuter dans l’automobile ancienne. Les pièces peuvent être coûteuses, la restauration demande des compétences spécifiques et la consommation du six-cylindres comme du V8 ferait sourire les défenseurs les plus stricts de la sobriété énergétique.

Mais elle offre une expérience difficile à retrouver. Son design reste élégant sans être banal, son habitacle mélange cuir, bois et instrumentation classique, tandis que son moteur rappelle une époque où une grande GT pouvait encore être assemblée presque comme une pièce d’artisanat.

Pour un collectionneur, la DBS de 1970 représente aussi un intéressant point de rencontre entre tradition et modernité. Elle conserve l’ADN des Aston Martin classiques tout en annonçant les modèles V8 qui vont marquer la décennie suivante. Elle n’a pas la notoriété universelle d’une DB5, mais cette relative discrétion peut justement séduire les amateurs qui souhaitent sortir des sentiers battus.

La bonne DBS n’est donc pas uniquement celle qui affiche le plus beau chiffre sur une annonce. C’est celle qui possède une histoire claire, une structure saine et une mécanique entretenue avec sérieux. Si elle démarre facilement, tient sa trajectoire et fait vibrer le conducteur à chaque accélération, elle a déjà rempli une bonne partie de son contrat.

En 1970, l’Aston Martin DBS était une grande routière britannique moderne. Plus de cinquante ans plus tard, elle est devenue une voiture de collection au charme intact, capable de transformer un simple trajet dominical en générique de série télévisée. Avec, bien sûr, un peu plus de vibrations dans les lombaires et une facture à la station-service nettement moins romantique.